{"id":723,"date":"2014-10-04T05:36:00","date_gmt":"2014-10-04T05:36:00","guid":{"rendered":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/?p=723"},"modified":"2023-06-21T00:14:57","modified_gmt":"2023-06-21T00:14:57","slug":"le-vodou-est-il-un-probleme-social-pour-haiti-2-de-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/archives\/723","title":{"rendered":"Le Vodou est-il un probl\u00e8me social pour Ha\u00efti\u00a0? (2 de 3)"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-lazyblock-hjnb-article lazyblock-hjnb-article-Z29uF8x\"><p><em>Deuxi\u00e8me partie: Le mythe de \u00abl\u2019ind\u00e9pendance est issue du vodou\u00bb<br><br><em>R\u00e9ponse a l\u2019article de Savannah Savary \u00abMonsieur Langlois, du vodou ha\u00eftien et du catholicisme import\u00e9, qui est le chat? qui est la souris?\u00bb)<\/em><\/em><\/p>\r\n<\/div>\n\n<p>Je ne prendrai pas le temps de discuter toutes les th\u00e9ories de Mme. Savary sur la rencontre des deux mondes. Je me contenterai de quatre remarques susceptibles d\u2019aider le lecteur \u00e0 s\u00e9parer le bon grain de l\u2019ivraie dans le d\u00e9luge de \u00abfaits\u00bb historiques que Mme. Savary d\u00e9verse dans ses articles. Le lecteur peut ignorer ces quatre remarques sans perdre le fil de la th\u00e8se que je d\u00e9veloppe.<\/p>\n<ol>\n<li>L\u2019histoire, en tant que connaissance du pass\u00e9 comporte des silences. Il y a ce que les documents qui ont surv\u00e9cu ne permettent pas de savoir ou de comprendre. Il y a ce que nos propres limites humaines nous interdisent parfois de comprendre. L\u2019homme qu\u2019\u00e9tait Louverture par exemple nous est difficilement accessible parce qu\u2019en tant que nation, nous restons engonc\u00e9s dans une vision si m\u00e9diocre de la vie et des hommes que nous n\u2019avons pas l\u2019espace\/la grandeur n\u00e9cessaire ni dans notre intellect ni dans notre c\u0153ur pour accueillir sa vision. Qu\u2019est-ce que cela peut vouloir dire qu\u2019on n\u2019est pas \u00abdigne de commander\u00bb parce qu\u2019on m\u00e8ne une vie priv\u00e9e d\u00e9brid\u00e9e? (c\u2019est Louverture qui parle) mais <em>Koupe tet boule kay<\/em>. Ah ca oui&nbsp;! Nous pouvons comprendre\u2026<\/li>\n<li>L\u2019histoire est aussi une zone de combat. On ferme les yeux sur certains faits, on en tire d\u2019autres par les cheveux et on aboutit \u00e0 des conclusions merveilleuses. Vous avez probablement entendu cette histoire, par exemple, que Dessalines n\u2019\u00e9tait pas mort au Pont-Rouge? (Celle-l\u00e0 m\u2019a fait tellement rire que je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher de la citer). Il ne faut jamais, par exemple, ajouter trop de foi \u00e0 ce qu\u2019un guide vous raconte lorsque vous visitez un site historique en Ha\u00efti ou ailleurs. Son job n\u2019est pas de vous instruire vraiment, mais de rendre votre tour agr\u00e9able. Il n\u2019y a rien de mal \u00e0 cela. Si c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 qui vous int\u00e9resse, il faut prendre le chemin de la biblioth\u00e8que.<\/li>\n<li>Toutes les th\u00e9ories ne sont pas toujours aussi innocentes. Les th\u00e9ories r\u00e9visionnistes sur l\u2019Holocauste des juifs par exemple repr\u00e9sentent souvent une forme d\u2019antis\u00e9mitisme, supportant une politique antis\u00e9mite dans le pr\u00e9sent. D\u2019autres th\u00e9ories sont un peu moins dangereuses mais offrent l\u2019occasion de r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire dans un sens ou dans l\u2019autre selon les besoins. Les estimations sur le nombre de \u00abIndiens\u00bb qui ont p\u00e9ri dans les cinq si\u00e8cles pass\u00e9s dans les Am\u00e9riques varient entre \u00e0 peu pr\u00e8s 8 millions et 70 millions selon l\u2019historien. Mme. Savary a besoin d\u2019amplifier le crime, elle choisit donc \u2026 70 millions.<\/li>\n<li>Il y a des fois o\u00f9 il faut savoir se lib\u00e9rer des questions inutiles et user de bon sens pour ne pas se laisser avoir. Disons que Christophe Colomb n\u2019est pas vraiment le premier europ\u00e9en \u00e0 avoir touch\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique? Qu\u2019est-ce que cela change? Les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (les fameux \u00abTempliers\u00bb) fut un ordre de moine-soldats. Un moine prie et travaille. Ces moines-l\u00e0 priaient et se battaient. C\u2019est Saint Bernard de Clairvaux qui r\u00e9digea la R\u00e8gle de vie monastique des Templiers. Comme tous les moines, ils faisaient v\u0153u de chastet\u00e9, de pauvret\u00e9 et d\u2019ob\u00e9issance. Ils constituaient une troupe d\u2019\u00e9lite et s\u2019occupaient surtout de prot\u00e9ger les p\u00e8lerins qui allaient \u00e0 J\u00e9rusalem et J\u00e9rusalem se trouve au Proche-Orient pas en Am\u00e9rique. Le reste est \u00e0 prendre avec un grain de sel\u2026peut-\u00eatre plus qu\u2019un grain\u2026 \u00ab&nbsp;Les vodouisants sont des \u00eatres spirituels\u2026&nbsp;\u00bb Vraiment? Ils ne mangent pas? Ils ne boivent pas?<\/li>\n<\/ol>\n<p>***<\/p>\n<p>Je suis bien d\u2019accord pour que nos enfants apprennent \u00e0 l\u2019\u00e9cole les d\u00e9tails de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019esclavage. Les tortures, les mauvais traitements inflig\u00e9s \u00e0 nos p\u00e8res doivent faire partie de notre m\u00e9moire collective. Cependant, ces apitoiements bon march\u00e9, sur le sort des \u00abpauvres africains\u00bb ne soul\u00e8vent aucune sympathie en moi. Nous n\u2019avons pas souffert cela. Nos anc\u00eatres oui, pas nous! Et il suffit d\u2019un regard sur les <em>restavek<\/em> dans notre soci\u00e9t\u00e9, pour comprendre que ces pleurnicheries sur \u00abl\u2019affreuse d\u00e9tresse\u00bb des \u00abd\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s d\u2019Afrique\u00bb puent l\u2019hypocrisie.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e que c\u2019est le vodou qui a donn\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance ou que \u00ab&nbsp;l\u2019ind\u00e9pendance est issue du vodou&nbsp;\u00bb est pur mythe. Nous savons maintenant que la c\u00e9r\u00e9monie du Bois-Ca\u00efman, s\u2019il a eu lieu, ne fut pas la r\u00e9union de planification de la r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rale. Cette r\u00e9union eut lieu avant. \u00abUne conspiration de large envergure \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en place avant que la c\u00e9r\u00e9monie n\u2019eut lieu\u2026&nbsp;\u00bb nous explique David Geggus dans sa monographie sur la C\u00e9r\u00e9monie du Bois-Ca\u00efman. Il nous avertit par ailleurs dans le m\u00eame texte que \u00ab&nbsp;\u2026il faut se m\u00e9fier de projeter dans le pass\u00e9 colonial l\u2019id\u00e9e que le vodou exprimait forc\u00e9ment une id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire. Des preuves \u00e0 l\u2019appui d\u2019une telle opinion se sont trouv\u00e9es plus souvent dans l\u2019esprit des historiens que dans les documents du pass\u00e9.\u00bb Il revient sur la question plus tard dans le m\u00eame article, rappelant avoir \u00absoutenu ailleurs que l\u2019on a d\u2019habitude exag\u00e9r\u00e9 l\u2019importance du vodou comme source de leadership, d\u2019organisation et de mentalit\u00e9 r\u00e9volutionnaire dans la r\u00e9bellion de 1791\u00bb, avant de conclure qu\u2019il \u00abenvisage le r\u00f4le du vodou dans la r\u00e9volution ha\u00eftienne comme secondaire plut\u00f4t que central\u00bb. (Voir David Geggus, \u00abLa c\u00e9r\u00e9monie du Bois Ca\u00efman\u00bb, in \u00ab<em>L\u2019insurrection des esclaves de Saint-Domingue<\/em>, <em>22-23 aout 1791\u00bb,<\/em> sous la direction de Laennec Hurbon)<\/p>\n<p>Geggus n\u2019est pas le seul. Alfred Metraux, m\u00eame quand il conc\u00e8de que les cultes des noirs avaient une force unificatrice, pense que \u00abLes nationalistes ha\u00eftiens qui se proposent de r\u00e9tablir le vodou, soutiennent que son influence a \u00e9t\u00e9 de la plus grande importance sur les hommes qui ont gagn\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance du pays&nbsp;\u2026&nbsp;\u00bb mais \u00abqu\u2019ils trouveraient difficile de supporter une pareille opinion avec des faits\u00bb. (Le texte de Geggus est un excellent exemple de la fa\u00e7on dont travaille un historien: chaque fait est v\u00e9rifi\u00e9 \u00e0 partir de documents historiques et la logique qui conduit aux conclusions est clairement expos\u00e9e. En passant, quand on vous d\u00e9bite des histoires de toutes sortes sur un personnage ou un \u00e9v\u00e9nement historique sans vous donner le moindre d\u00e9tail sur ses sources, il y a 99.99% de chances qu\u2019on est en train de vous mentir.)<\/p>\n<p>Aucun de ces deux chercheurs ne peut \u00eatre accus\u00e9 d\u2019\u00eatre antipathique envers les Ha\u00eftiens. Bien au contraire. Le livre de Metraux est en fait d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Lorgina Delorge, une <em>mambo<\/em> de La Salines. Aucun d\u2019eux non plus ne saurait \u00eatre accus\u00e9 de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 dans leurs recherches ou d\u2019\u00eatre du type \u00ab<em>voye monte<\/em>\u00bb. Ce qu\u2019ils affirment n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019\u00e9vidence pour n\u2019importe qui a \u00e9t\u00e9 assez curieux pour se renseigner sur les faits de notre histoire.<\/p>\n<p>La r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rale des esclaves en 1791 m\u00e9rite le respect de tout homme digne de ce nom. Mais la v\u00e9rit\u00e9 exige que l\u2019on reconnaisse qu\u2019elle fut essentiellement un \u00abnon\u00bb. Non \u00e0 l\u2019esclavage, non \u00e0 cette vie d\u00e9gradante et douloureuse. Et c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 aussi que nos p\u00e8res n\u2019avaient pas la moindre id\u00e9e de ce qu\u2019ils voulaient \u00e0 sa place. La r\u00e9volte fit rage pendant des mois mais elle fut arr\u00eat\u00e9e aux portes du Cap. Les esclaves \u00e9taient libres, libres dans la plaine, libres de ne rien faire, et libres de crever. Vint le temps o\u00f9 ils se racont\u00e8rent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre leurs exploits r\u00e9els, puis vint le temps o\u00f9 ils se racont\u00e8rent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre leurs exploits imaginaires, puis vint le temps o\u00f9 il n\u2019y avait plus rien \u00e0 se raconter mais o\u00f9 la vie continuait avec son poids existentiel. Mais ou est-il donc le bonheur? (ceux qui veulent avoir un bon \u00abfeel\u00bb pour cette p\u00e9riode devraient lire non pas un livre d\u2019histoire mais un roman \u00ab<em>Le soul\u00e8vement des \u00e2mes<\/em>\u00bb de Madison Smart Bell).<\/p>\n<p>A ma connaissance, nul n\u2019a mieux saisi ni mieux exprim\u00e9 le dilemme auquel faisaient face ces hommes nouvellement libres que Michel-Rolph Trouillot&nbsp;: \u00abPi gwo pwobl\u00e8m anpil esklav reb\u00e8l yo, se konnen yo pat\u2019 konnen kilaky\u00e8l de rezon ki f\u00e8 yo tap goumen. S\u00e8ten yo te rantre nan reb\u00e8l, pase l\u00e8 sa a, se s\u00e8l jan yo te kapab gen lib\u00e8te. Men yon fwa yo menm yo te fin lib, poukisa pou yo te kontinye goumen? Yo pat\u2019 konnen\u2026 Yo pat\u2019 w\u00e8 lib\u00e8te youn te makonen ak lib\u00e8te you tout. \u201c<\/p>\n<p>\u00abOsitou, continue Michel-Rolph Trouillot, bonkou nan yo te rete anwo m\u00f2n yo, kote blan yo te p\u00e8 monte. Bonkou te desann goumen pout\u00e8t pw\u00f2p avantaj p\u00e8son\u00e8l yo. Janfranswa ak Byasou tap vann esklav.&nbsp;\u00bb (Michel-Rolph Trouillot&nbsp;: \u201c<em>Ti dife boule sou Istwa Ayiti\u201d<\/em>. L\u2019orthographe a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9e pour cette citation.)<\/p>\n<p>Michel-Rolph Trouillot qualifie ce dilemme de \u00abpanne id\u00e9ologique\u00bb. Je dirais plut\u00f4t que c\u2019\u00e9tait une \u00abpanne philosophique\u00bb, une \u00abpanne existentielle\u00bb si vous voulez: ils \u00e9taient abandonn\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames et ils ne savaient o\u00f9 aller. Ils avaient en main tout le d\u00e9sir de leur c\u0153ur, cette libert\u00e9 dont ils avaient r\u00eav\u00e9e toute leur vie; mais ils n\u2019\u00e9taient pas heureux. Car c\u2019est la vie m\u00eame qui, dans ce genre de moments, ne fait plus de sens. C\u2019est dans ces moments-l\u00e0 que les \u00abriches et fameux\u00bb se mettent \u00e0 se droguer ou se tuent. C\u2019est \u00e0 un de ces moments que le peuple de Dieu, laiss\u00e9 seul dans le d\u00e9sert, \u00e9tait retourn\u00e9 \u00e0 son veau d\u2019or. \u00abL\u2019effet, nous dit Chesterton, est le m\u00eame partout&nbsp;; on peut le voir dans toutes les addictions \u00e0 la drogue et toutes les beuveries et toutes les formes de la tendance \u00e0 augmenter la dose\u2026&nbsp;\u00bb. \u00abC\u2019\u00e9tait quelque chose comme cette impuissance et ce d\u00e9sespoir avec lesquels les hommes brandissaient vainement les poings vers les \u00e9toiles, regardant le meilleur que l\u2019humanit\u00e9 ait produit sombrant lentement et irr\u00e9m\u00e9diablement dans la boue.\u00bb (Chesterton, \u00ab<em>The Everlasting Man<\/em>\u00bb)<\/p>\n<p>Comme aujourd\u2019hui, les <em>loa<\/em> \u00e9taient l\u00e0, mais, pas plus qu\u2019aujourd\u2019hui, ils n\u2019avaient de r\u00e9ponse. Les <em>loa <\/em>avaient \u00e9t\u00e9 bien utiles quand nos anc\u00eatres allaient au combat pour tuer, comme ils sont utiles aujourd\u2019hui quand nous voulons tuer notre fr\u00e8re qui nous a offens\u00e9. Ce qu\u2019il fallait \u00e0 ces hommes qui venaient si courageusement de se mettre debout, c\u2019\u00e9tait quelque chose comme un grand r\u00eave, \u00e0 la mesure de leur courage. Mais les <em>loas<\/em> n\u2019avaient rien \u00e0 leur offrir dans ce domaine; ces <em>loas<\/em> ne voulaient que les monter, en faire leur \u00ab<em>chwal<\/em>\u00bb. Cela pouvait aller le temps d\u2019une c\u00e9r\u00e9monie, surtout si elle offrait l\u2019occasion de se d\u00e9tendre et de fraterniser aves ses amis. Mais, au matin, revenait la terrible question \u00e0 laquelle fait face l\u2019humanit\u00e9 qu\u2019ils venaient de rejoindre: quel est le sens de mon existence?<\/p>\n<p>C\u2019est une question que seuls des hommes libres affrontent. Quand cette question reste sans r\u00e9ponse s\u00e9rieuse, le c\u0153ur s\u2019effondre. (C\u2019est l\u00e0 le danger de la libert\u00e9.) Tout se pervertit. Jean-Francois se couvrait la poitrine de m\u00e9dailles et accumulait les titres ronflants. Biassou \u00e9tait devenu une esp\u00e8ce de commandant\/<em>b\u00f2k\u00f2<\/em>. Les deux \u00e9taient marchands d\u2019esclaves. En tant qu\u2019\u00e9lan vers la libert\u00e9, le mouvement de r\u00e9volte de 1791 \u00e9tait mort. La France \u00e9tant pratiquement hors-jeu, il restait seulement \u00e0 savoir qui, des Anglais ou des Espagnols, allait en recevoir les d\u00e9pouilles Et c\u2019est alors que, dans le fumier laiss\u00e9 par cette pourriture, l\u2019espoir \u00e9mergea.<\/p>\n<p>Le 29 ao\u00fbt 1793 sortit la Proclamation de Camp-Turel&nbsp;: \u00abJe suis Toussaint Louverture. Mon nom s\u2019est peut-\u00eatre fait connaitre jusqu\u2019\u00e0 vous. J\u2019ai entrepris la vengeance. Je veux que la libert\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 r\u00e8gnent \u00e0 Saint-Domingue. Je travaille \u00e0 les faire exister. Unissez-vous \u00e0 nous, fr\u00e8res, et combattez avec nous pour la m\u00eame cause\u00bb.<\/p>\n<p>(M-R Trouillot a fait une analyse de la strat\u00e9gie louverturienne \u00e0 partir de cette d\u00e9claration et il l\u2019a fait avec tant de brio et tant d\u2019\u00e9l\u00e9gance que je n\u2019ai rien \u00e0 ajouter sur ce plan. Avant de continuer Je veux faire seulement deux remarques 1) Cette d\u00e9claration annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la Constitution de 1801 (le projet \u00e9tait pour tout Saint-Domingue) 2) Cette d\u00e9claration explique une phrase \u00e9nigmatique que Toussaint pronon\u00e7a \u00e0 Port-au-Prince \u00e0 son retour de l\u2019Est en 1801: \u00abJ\u2019ai pris mon vol dans la r\u00e9gion des aigles&nbsp;; il faut que je sois prudent en regagnant la terre&nbsp;; je ne puis \u00eatre plac\u00e9 que sur un rocher et ce rocher doit \u00eatre l\u2019institution constitutionnelle qui me garantira le pouvoir tant que je serai parmi les hommes.\u00bb(Avec la proclamation de Camp-Turel, Louverture prenait son envol de haut et la constitution devait satisfaire ces hautes promesses de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9 dans le solide; d\u2019o\u00f9 la m\u00e9taphore du rocher.)<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019int\u00e9resse ici dans cette d\u00e9claration, c\u2019est qu\u2019elle r\u00e9solvait la question philosophique dont je parlais plus haut, m\u00eame si elle le faisait dans un cadre concret et limit\u00e9. La lutte pour la libert\u00e9 continuait et (Oh&nbsp;! Bien sur!) on devait apprendre \u00e0 vivre en \u00e9gaux. L\u2019ancien esclave qui rejoignait Louverture d\u00e9couvrait un monde o\u00f9 sa valeur personnelle sur le champ de bataille pouvait tout effacer: sa tribu (Dessalines \u00e9tait Peulh? Peut-\u00eatre? Qui s\u2019en soucie?) , sa couleur (quel \u00e9tait le plus haut grad\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e apr\u00e8s Dessalines en 1806? Clerveaux, un mul\u00e2tre!) son statut de Congo ou de bossale (60 \u00e0 70% des esclaves qui avaient fait la r\u00e9volte de 1791 n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9s dans la colonie). Il n\u2019\u00e9tait pas permis de voler ni de violer. C\u2019\u00e9tait un monde de \u00abmoun serye\u00bb, domin\u00e9 par la loi du m\u00e9rite et l\u2019exigence d\u2019efficacit\u00e9. Le monde des tribus \u00e9tait mort et l\u2019on ne demandait pas aux loas de gagner les batailles. (Et avec Louverture, on gagnait tant de batailles que l&#8217;on n\u2019avait finalement plus besoin d\u2019eux.) On le demandait \u00e0 la bravoure, au courage, \u00e0 l\u2019intelligence et \u00e0 la discipline.<\/p>\n<p>Les soldats de Toussaint \u00e9taient-ils vodouisants? Probablement oui. Individuellement. Un soldat pouvait toujours aller retrouver ses \u00ab<em>mist\u00e8\u00bb<\/em>, une nuit, lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas de service mais on ne comptait plus sur les \u00ab<em>espri\u00bb<\/em> pour gagner les batailles. C\u2019est la strat\u00e9gie des g\u00e9n\u00e9raux, la discipline de fer, l\u2019enthousiasme qui soul\u00e8ve les c\u0153urs de ceux qui se battent pour une cause qu\u2019ils savent \u00eatre juste et grande, c\u2019est cela qui apportait les victoires. (Les \u00ab<em>kout-poud\u00bb,&nbsp;\u00ables voye-m\u00f2\u00bb, l<\/em>es<em> \u00abekspedisyon\u00bb<\/em>, ils avaient laiss\u00e9 tout cela derri\u00e8re, avec Biassou.) Et les <em>loa<\/em>, c\u2019\u00e9tait connu, n\u2019\u00e9taient pas les bienvenus: le G\u00e9n\u00e9ral-en-Chef \u00e9tait un catholique fervent qui disait r\u00e9guli\u00e8rement son chapelet et communiait avec l\u2019innocence d\u2019un petit gar\u00e7on. La fraternit\u00e9 nouvelle n\u2019\u00e9tait plus celle des tribus, mais celle, nouvelle et plus grande de la civilisation chr\u00e9tienne. Et si grande, et si belle fut cette lumi\u00e8re, que deux si\u00e8cles plus tard, malgr\u00e9 nos turpitudes, le monde la regarde encore et s\u2019\u00e9tonne.<\/p>\n<p>C\u2019est cette arm\u00e9e Louverturienne qui se battit contre l\u2019invasion de 1802. C\u2019est elle qui fit la guerre de l\u2019ind\u00e9pendance et pratiquement tous les grands g\u00e9n\u00e9raux de cette guerre commenc\u00e8rent leur carri\u00e8re avec Louverture. Il est significatif que lorsqu\u2019il fallut donner un nom au pays, personne ne pensa \u00e0 Ginen. On n\u2019y croyait plus s\u00e9rieusement.<\/p>\n<p><strong><em>Nous ne devons donc ressentir aucune obligation envers le vodou pour notre libert\u00e9. Nous n\u2019avons aucune dette envers les loas pour notre ind\u00e9pendance. Nous pouvons les rejeter\/rejete sans \u00eatre ingrat envers nos anc\u00eatres et sans trahir notre m\u00e9moire de peuple.<\/em><\/strong><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne prendrai pas le temps de discuter toutes les th\u00e9ories de Mme. Savary sur la rencontre des deux mondes. Je me contenterai de quatre remarques susceptibles d\u2019aider le lecteur \u00e0 s\u00e9parer le bon grain de l\u2019ivraie dans le d\u00e9luge de \u00abfaits\u00bb historiques que Mme. Savary d\u00e9verse dans ses articles. 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(2 de 3)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":718,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"nf_dc_page":"","footnotes":""},"categories":[22],"tags":[],"class_list":["post-723","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture-societe","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/723","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=723"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/723\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3457,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/723\/revisions\/3457"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/media\/718"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=723"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=723"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/leconservateurhaitien.com\/lch.com\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=723"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}